Par Laurence Guzzo
Après une jolie carrière dans les festivals internationaux (Venise, Toronto, Londres…), « Vertiges » de Buì Thac CHUYÊN sort sur nos écrans le 9 février.
Résumé
C’est la saison des pluies à Hanoi. Une pluie chaude et battante qui éveille les sens. Mais elle n’a aucun effet sur le jeune Hai, trop saoul au soir de ses noces pour honorer son épouse, la pétillante Duyen. Les semaines s’écoulent et le couple vit toujours comme frère et soeur.
Fascinée par la candeur de la jeune femme, son amie Câm, écrivaine manipulatrice, la pousse dans les bras du séduisant Thô. Duyen est troublée par la virilité de cet homme qui contraste avec les manières asexuées de son mari.
Décrypt
La mise en scène de Buì Thac CHUYÊN essentiellement basée sur des sensations et une symbolique se révèle subtile et exigeante. Les plans prennent le temps de vivre sans pour autant être contemplatifs et les décors masquent autant qu’ils dévoilent. Le réalisateur utilise la profondeur de champ pour filmer la chambre à distance, celle-ci n’étant séparée du salon que par un simple claustra. La porte de la salle de bain s’orne d’un vitrail laissant deviner ce qui se passe à l’intérieur ou permettant à celui qui est dedans de surveiller l’extérieur.
Blanc, rouge, noir : l’expression par la couleur
De la jeune fille à la femme, les étapes du chemin de Duyen sont colorées.
D’abord toute blanche dans sa robe de mariée, elle quitte l’enfance pour renaître dans le monde adulte.
La chemise de nuit de noces offerte par Câm et soigneusement découpée par Thô lors de leur première nuit flamboie d’un rouge passion.
Et c’est vêtue d’une robe noire, portant le deuil de son innocence, que Duyen revient de son escapade amoureuse avec Thô.
L’eau sous toutes ses formes
Bains et douches qui nettoient, mer qui tue, vapeur qui purifie, pluies voluptueuses… Les différents états de l’eau accompagnent les émotions de ces femmes.
Câm profite d’un instant de complicité quand Duyen l’aide à se rincer les cheveux pour provoquer les confidences. Par la suite, les deux femmes partagent un moment intime en prenant ensemble un pudique bain de vapeur.
Une peinture de la féminité vietnamienne
« Vertiges » dresse le portrait de la femme vietnamienne aujourd’hui à travers les quatre saisons de l’existence.
La grand-mère de Duyen considère qu’ignorance et dévotion constituent les piliers de son mariage.
La mère de Hai forme ses filles à servir et surprotège ses garçons tandis que celle de Câm, s’échine à broder des chemises de nuit de noces que sa fille, à l’évidence, ne portera jamais.
L’avenir, c’est la soeur cadette de Hai, lucide sur les manoeuvres de sa mère, et une petite voisine à laquelle son père reproche continuellement d’être une fille (donc une traînée), lui préférant son piteux coq de combat. Solide, l’ado ne s’en laisse pas compter et poursuit sa route.
Duyen et Câm sont la génération pivot de la libération de la femme vietnamienne. La première qui s’autorise sans culpabilité l’homosexualité, l’adultère, la monoparentalité… qui se reconnaît comme femme et veut être comblée.
En accompagnant Duyen dans son éclosion, c’est à la rencontre de cette génération que le réalisateur Buì Thac CHUYÊN nous emmène.








