FILM DECRYPT « Ce n’est qu’un début »

Par Laurence Guzzo

« Les enfants ont tout, sauf ce qu’on leur enlève » Jacques Prévert (Spectacle 1951)

La mort, l’amour, la liberté, autant de thèmes abordés sans préjugés par Abderahmène, Louise, Yanis, Kyria… élèves en maternelle.


Dans la bien nommée école Jacques Prévert de Le Mée-sur-Seine (77), une fois par mois, Pascaline allume une bougie. L’atelier philosophie va commencer et ce rituel invite les enfants de sa classe à se préparer à « réfléchir ». De bafouillages en vrais discours philosophiques, de silences obstinés en palabres passionnées, Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier ont filmé pendant deux années scolaires l’évolution de ces penseurs en herbes.

DECRYPT

Une voiture circule dans les rues d’une banlieue parisienne ; à la radio, la litanie des informations s’égrène, à l’arrière, un enfant de quatre ans regarde le paysage défiler par la fenêtre. Mais il entend. Que comprend-il de tout cela ? Comment reçoit-il ce flot ininterrompu de nouvelles censées lui rendre compte du monde dans lequel il vit ? Comment se défend-il face à toutes les « vérités » qui lui sont assénées ?

« S’il n’y avait que sept merveilles du “monde” sur la terre, cela ne vaudrait pas la peine d’y aller voir. » (Fatras 1966)

Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier sont allés voir, et ils ont constaté que la terre foisonne de petites merveilles et ce sont nos enfants.

Pour se faire oublier de l’institutrice et de sa classe, ils ont cherché des astuces comme planquer les micros sous les tables. Avant de constater qu’avec ces enfants là, dans cette situation, la simplicité était la plus payante. Ils se sont donc installés, chacun avec sa caméra et une perche, et ont écouté.

Et ce qu’ils en rapportent ouvre des perspectives ; au départ maladroits dans leur expression, dans le déroulement de leur pensée, les enfants apprennent à affirmer un raisonnement. Ils acquièrent une capacité d’écoute et de dialogue qu’on aimerait qu’ils conservent tout au long de leur existence.

Les élèves sont filmés quand ils s’expriment mais pas seulement : les réalisateurs s’échappent parfois du discours, quittent celui qui parle pour s’attarder sur un autre en écoute ou sur un petit groupe, attrapant ainsi de précieux moments de vie.

« Les jours faisaient la queue les uns derrière les autres, le lundi qui pousse le mardi qui pousse le mercredi et ainsi de suite les saisons. » (Paroles, 1946)

Ainsi, on déroule le temps, les vêtements s’allègent, les jours rallongent et les enfants progressent considérablement dans leurs échanges.

Mais « Ce n’est qu’un début » n’est pas une succession de discussions enfantines, c’est un film concrètement ancré dans notre quotidien. La bande-son, composée en partie d’actualités, nous place dans le contexte de ces deux années qui s’écoulent : nous sommes bien dans la France de 2010.

Régulièrement, on sort de la classe pour accompagner un enfant dans sa famille. Ses conditions de vie sont esquissées par petites touches, sans voyeurisme, et cela apporte un éclairage sur ses interventions pendant les ateliers.

Pas besoin de commentaire ou d’interview de spécialistes ni de protagonistes. C’est l’enseignante elle-même, Pascaline Dogliani, qui apporte le recul et l’analyse nécessaires lorsqu’elle fait part de ses doutes et de ses victoires à sa collègue pendant les récrés.

Elle accompagne la parole des élèves, les encadre sans les brider. Depuis les balbutiements, jusqu’au tout dernier atelier, elle encourage les enfants à la réflexion pour que :

« Dans leur tête

pousse la fleur sacrée

La sale maigre petite fleur

La fleur malade

La fleur aigre

La fleur toujours fanée

La fleur personnelle…

… La pensée…   (Fleurs et couronnes, 1946)

Sortie en salles le 17 novembre 2010

Réalisateur : Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier

Scénaristes : Cilvy Aupin, Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier

Producteurs : Cilvy Aupin, Frédérique Albrecht, Isabelle Gripon, Jonathan Martinot, Laurence Palmer

Interprètes : Pascaline Dogliani, les élèves de l’école maternelle Jacques Prévert

Chefs Opérateurs : Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier

Montage : Jean Condé

Son : André Bonin, Florent Ravalec, Benoit Henaf, Didier Leclerc, J. Chaumat, Olivier Cuinat

Musique originale : Anouar Brahem

Lieu de tournage : Le Mée-sur-Seine

Pour la petite histoire : Une chose est sûre : le nutella, ça ne se range pas dans le frigo.


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